Fiche de personnage
Elyne Ambreval
Ce qu'elle refuse de perdre
I Les jours de Valdambre
Elyne a grandi à Valdambre, à l’orée des forêts de Tirisfal, auprès de ses parents et de son frère, Caïus. De cette enfance heureuse, elle conserve les lieux familiers, leurs escapades et les disputes qui s’achevaient souvent par un rire. Vive, fière et mauvaise perdante, elle aimait participer à tout et supportait mal qu’on la trouve trop petite.
Elle recherchait l’approbation de son père, attentive aux responsabilités qu’il lui confiait. Sa mère, une mage, lui offrait une présence auprès de laquelle elle pouvait s’attarder sans avoir de raison à donner.
Un après-midi au verger reste parmi ses souvenirs les plus précieux : une tentative maladroite de Caïus pour cueillir un fruit, ses propres protestations, puis le rire de leur mère qui les avait gagnés tous les deux. Elle se rappelle la douceur de s’appuyer contre elle, tandis qu’une main écartait les mèches de son visage.
Leur relation connaissait aussi les remontrances, les désaccords et les bouderies. Elyne connaissait les impatiences de sa mère autant que sa tendresse. Même après une faute, elle savait qu’elle pouvait revenir vers elle sans perdre son affection.
Elle grandissait avec la certitude de retrouver les siens au bout du chemin.
II Ce qu’elle voulait devenir
La voie des paladins attira Elyne alors que sa famille était encore réunie. La foi, la discipline et le désir de devenir capable de défendre les autres nourrissaient une vocation qu’elle avait choisie. Ses progrès lui apportaient une joie sincère ; les échecs, surtout devant témoin, atteignaient une fierté qu’elle dissimulait mal.
Caïus savait reconnaître cette exigence et la taquiner jusqu’à lui arracher un sourire. Leurs intérêts s’éloignaient parfois : les connaissances magiques qu’il recherchait éveillaient son inquiétude, tandis qu’il discutait volontiers ses certitudes. Ils pouvaient se contredire sans renoncer au plaisir de se retrouver.
III L’arrachement
Lorsque le Fléau atteignit Valdambre, Elyne chercha d’abord à se rendre utile. Accompagner, porter, aller chercher quelqu’un lui permettait d’avancer au milieu de la peur. Puis ses parents, restés pour organiser la défense et l’évacuation, lui demandèrent de partir.
Sa mère ouvrit un portail vers Hurlevent. Elyne refusa de la quitter. Elle voulait rester, aider, obtenir qu’elle vienne avec eux. Caïus comprit qu’elle ne céderait pas et dut la forcer à franchir le passage avant de la suivre.
Elyne arriva en sécurité sans pouvoir l’accepter. Elle voulait retourner à Valdambre. Son dernier souvenir de sa mère la montrait encore vivante, de l’autre côté, occupée à les sauver.
À Hurlevent, Elyne supporta difficilement qu’une ville puisse continuer à vivre alors que son propre monde venait de se défaire. Elle guettait les arrivées, espérait des nouvelles et cherchait en vain une tâche qui lui permettrait de retourner auprès de sa mère.
Elle revivait sans cesse l’instant où Caïus l’avait forcée à franchir le passage. Elle aurait dû résister autrement, trouver les mots, rester. La culpabilité lui faisait imaginer des choix qui ne lui avaient jamais paru aussi simples sur le moment.
Elle savait que son frère avait laissé leurs parents lui aussi. Pourtant, sa douleur se changeait parfois en colère contre lui. Elle pouvait lui répondre durement, puis s’inquiéter aussitôt de le voir s’éloigner.
IV Apprendre à tenir
Sa formation lui rendit un rythme et des objectifs auxquels se consacrer. Elyne gardait le plaisir d’apprendre et trouvait du réconfort dans la Lumière. Mais elle attendait désormais de sa force qu’elle lui permette d’empêcher une nouvelle séparation.
Attentive à la fatigue des autres, fidèle à sa parole, elle devenait aussi trop insistante lorsqu’elle avait peur. Elle dissimulait son épuisement et acceptait mal les risques choisis par ses proches. Avec Caïus, son inquiétude face à la démonologie pouvait devenir une surveillance qu’il supportait difficilement.
Leur complicité demeurait. Le rire, les souvenirs partagés et leurs désaccords familiers lui rendaient une part de sa vie. Ils pouvaient encore évoquer Valdambre autrement que par sa perte.
V Une présence à laquelle elle ne s’attendait pas
Mytive entra dans sa vie en la sauvant des orcs qui la poursuivaient. Elyne dut accepter les soins, patienter et laisser quelqu’un d’autre veiller sur elle. Sa reconnaissance se mêlait à l’impatience de se relever pour pouvoir se rendre utile à son tour.
La présence de la prêtresse l’aida peu à peu à desserrer cette exigence. Mytive pouvait rester sans lui demander de remplir le silence ; Elyne découvrit qu’elle n’avait pas toujours envie de le rompre.
Son entrée dans la maison par serment lui fut précieuse. La famille pouvait encore s’agrandir, accueillir d’autres histoires et donner naissance à des liens auxquels Elyne s’attachait profondément.
VI Telored
Elyne rencontra Telored pendant sa formation, alors qu’il poursuivait la sienne avec l’expérience de ses campagnes. Son calme l’attirait ; sa prudence pouvait l’agacer lorsqu’elle y entendait un manque de confiance. Leurs désaccords lui donnaient parfois à réfléchir bien après la conversation.
Au fil des entraînements et des échanges, elle se surprit à rechercher sa compagnie. Elle gardait une anecdote pour la lui raconter, prolongeait une discussion et découvrait le plaisir de l’attendre. Auprès de lui, elle pouvait rire, se montrer maladroite et reconnaître ses torts sans craindre que tout s’effondre.
Elle choisit de lui ouvrir pleinement sa vie, malgré la peur de perdre encore. Avec Telored, elle souhaitait partager des journées, des habitudes et des projets qui lui appartiendraient aussi, au-delà de ses devoirs.
VII Ce qui demeure
À vingt-cinq ans, Elyne porte fièrement le nom d’Ambreval et sert l’Alliance avec une foi sincère. Chaleureuse auprès des siens, ferme dans ses convictions, elle tient parole et supporte mal l’humiliation d’autrui. Son courage peut l’entraîner trop loin ; son inquiétude rend parfois ses paroles injustement dures.
Elle apprend encore à écouter un refus, à accepter une relève et à demander de l’aide. Son enfance demeure dans son humour, ses goûts et les regards complices qu’elle échange avec Caïus.
Valdambre contient toujours des jours heureux. Sa mère lui manque dans les instants qu’elle aurait voulu lui raconter. Elyne en construit pourtant de nouveaux auprès de ceux qu’elle aime, en apprenant à leur faire une place que la peur ne gouverne pas entièrement.
« Je ne peux changer ce que nous avons perdu. Mais tant que je porterai ce nom, je ferai en sorte que notre histoire ne s'arrête pas avec eux. »Elyne Ambreval
